aussi un autre de mes préférés d'imaginair
sur le même thème que le précédent
" Oui. ", criais-je. « Oui. Je descends chercher le vin. »
Je prends mon courage à deux mains et j’ouvre la porte de la cave tout doucement. Elle crisse en frottant sur le sol.
Un frisson me parcourt le dos.
Je me relance et d’un pas hésitant, j’emprunte l’escalier qui s’ouvre à moi. La bouche de l’enfer. Noir. Sombre. Même la lampe ne parvient pas à me rassurer. L’ampoule légèrement usée clignote de
manière répétitive et obsédante.
Ces sensations sont assez effrayantes. Je déteste y aller. Lorsque je l’explique à mon mari, il me prend pour une folle. Il ne se rend pas compte de ma frayeur.
Je pénètre enfin dans ce trou sombre qui m’engloutit, m’absorbe. Les marches me donnent le roulis, deviennent mouvantes, vivantes. Elles ondulent sous mes pas. Ma tête tourne et mon corps balance
de gauche à droite. Je m’accroche frénétiquement à la rampe.
Arrivée en bas, regard baissé, je pousse un grand soupir de soulagement. Je redresse mes épaules, je tends mon corps arc-bouté et je redresse la tête. Là, je me pétrifie.
Cet antre noir, sombre, « La bouche de l’enfer », m’attend.
J’ai l’impression d’être Indianette Jones, l’aventurière, avec une mission à remplir. Rapporter le trésor. Rapporter le vin. Appelez-moi Indi. Au plus fort de la tempête, je serai là. Contre vents
et marées. Rien ne me résistera.
Après ces encouragements prometteurs, j’avance de deux pas. Au fond de la cave, une mare d’eau stagnante commence à gonfler, à s’enfler et, par vagues, se rapproche avec fracas. Le vent siffle,
l’eau gicle et me traverse. Pantelante et tétanisée par cette vision, je reprends mon souffle un instant.
Quelques forces reprises, j’avance. Je sens la terre qui bouillonne, qui chauffe, qui se craquelle, qui veut se lever, s’élever, s’élancer. Ma tête tourne. Ma tension est à son comble et mon corps
en surchauffe. Une goutte de sueur roule sur mon front et crépite.
Je serre les poings et j’avance résolument jusqu’au centre de la pièce.
Là, je sais, je sens, je ressens des mouvements. A gauche. A droite. Au plafond. Par terre.
Je perçois un mouvement au plafond. Des « choses » commencent à suinter, à sauter, à tomber. Des vers. Des petits vers grouillants qui tombent et tressautent à la pelle. Sur moi. Sur mes cheveux,
mes épaules.
L’obscurité m’envahit l’esprit. La lassitude s’empare de mon corps. Je n’en peux plus. Je souffle. Souffle court. Epaules baissées. Dos voûté. Gouttes de sueur au front. Poings fermés. Pointes de
pieds recroquevillées.
Je n’en peux plus.
Mon corps explose. Réagit. Bouge. Il prend la première bouteille de vin à portée de main et retourne vers la délivrance. L’escalier, la porte, le pas-de-porte.
Porte refermée.
Bouche de l’enfer close.
Le soulagement envahit entièrement mon corps et mon esprit. Je m’assieds, je m’affaisse. Je souffle.
Finalement, reprenant contenance, je retourne au salon ma précieuse bouteille de vin à la main et la bouche en coeur.
par sophie
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