Angéline
Marie-France arrive devant la porte. Cette porte. Enfin.
Une belle porte noire qui semble s’adresser à elle.
A sa vue, toute la crispation s’échappe en un souffle, et revient tout aussitôt, à la pensée d’Angéline.
Angéline. Ce nom, ce prénom tant recherché, qui lui a pris tellement d’efforts à trouver, ainsi que cette adresse. Cette femme vis-à-vis de laquelle elle ressent tant d’espérance et craint tant
de désillusion.
Angéline, sa mère biologique. Cette femme qui, adolescente, a abandonné, laissé, déposé ce petit bébé parce qu’elle ne pouvait et n’était capable d’en prendre la responsabilité et le soin.
Angéline.
Pourquoi ?
Marie-France a besoin de savoir pourquoi, pourquoi elle n’a pas voulu d’elle, de savoir quelles en sont ses raisons précises.
Pourquoi ?
C’est comme une brèche dans sa petite enfance qu’elle voudrait combler, quelle que soit la réponse ; simplement pour qu’il ne reste plus cette question muette qui résonne dans sa tête depuis
qu’elle a appris son adoption.
Ainsi, elle se trouve devant cet immeuble qui lui semble impénétrable ; elle qui appréhende d’y entrer et de se présenter à Angéline, sa mère biologique, de la voir, de lui parler.
Devant ses yeux, elle ne voit plus que cette porte obsédante qu’elle doit franchir.
Après un essai, Marie-France se rend compte qu’elle doit tout d’abord appuyer sur le bouton de l’interphone pour qu’Angéline accepte de la faire entrer, ce qu’elle veut éviter à tout prix. Elle
n’est pas prête à ce que la première rencontre ne se passe pas de vive voix face à face.
Une chance de retarder l’inévitable se présente. Marie-France profite de l’occasion offerte par une habitante de l’immeuble qui rentre chez elle pour pénétrer dans le vestibule. Elle jette un
coup d’œil à sa note où sont repris l’étage et le numéro d’appart qu’elle a pu collecter.
Le premier obstacle franchi, elle se concentre sur la montée d’escaliers des deux étages pour entretenir le calme incertain qu’elle a réussi à garder malgré ce moment d’attente angoissante, cette
tension qui, malgré elle, augmente au fur et à mesure des marches parcourues.
Arrivée sur le palier, Marie-France atteint enfin le but de sa croisade. Après avoir repris contenance et sans perdre ce calme intérieur toujours vacillant, elle frappe à la porte.
Les coups portés résonnent au plus profond de son être ; tout s’agite dans sa tête puis se fige à mesure que la porte grince et s’ouvre lentement comme dans une bulle sourde.
Une personne apparaît. Une dame. Froide. Visage fermé ; bouche tirée.
De manière hésitante et trébuchant quelque peu sur les mots, Marie-France se présente et explique la raison de sa visite, à savoir qui elle est, qu’elle aimerait lui parler et apprendre à la
connaître ou tout le moins connaître les raisons de son abandon.
Lorsqu’Angéline confirme son identité, Marie-France, le cœur battant, ouvre son cœur et lui offre un sourire radieux mais qui disparaît au fur et à mesure de la suite des paroles d’Angéline.
Cette dernière lui assène qu’elle ne souhaite pas la connaître, la rencontrer. Elle a sa vie, une vie où Marie-France n’a pas sa place et elle a fait son choix il y a longtemps. Elle ne souhaite
par revenir dessus. A ces mots prononcés d’une voix extrêmement sèche et sans hésitation possible, Angéline dit adieu et lui ferme la porte au nez.
Hébétée et sans voix, Marie-France reste un moment sur le pas de la porte. Aucune hésitation, aucune émotion, aucun sentiment n’a transparu dans la voix d’Angéline.
Rien.
Marie-France repasse dans sa tête toute la rencontre au ralenti en même temps qu’elle rebrousse lentement et machinalement son chemin. Rien. Aucun des mots entendus ne peuvent la rassurer et lui
portent une fois encore un coup au cœur, ce cœur fragilisé par Angéline.
Rien. Ce mot lancinant la poursuit au café voisin où elle s’est réfugiée au gré de ses pas perdus à la sortie de l’immeuble.
La déception est immense, son cœur anesthésié, momentanément. Toutes ces émotions la débordent. Elle téléphone alors à Cathy, sa maman, sa vraie maman, sa maman adoptive, pour y trouver du
réconfort.
Cette dernière, à son appel, abandonne son activité en cours et va rechercher sa fille perdue qu’elle va consoler, apaiser.
En somme, elle remplit son rôle de vraie maman, comme elle l’a toujours fait jusqu’à maintenant.
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sophie
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